Se faire mettre à l’amende par un gus en soutane

Le Pape François 1er a asséné quelques douloureuses vérités lors de son discours au parlement européen à Strasbourg, le 25 novembre 2014.

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Le point blanc au centre, c’est François 1er

Pas de quoi chambouler un hémicycle de vieux briscards de la politique ? Pas si sûr…

Ça se passe au 21e siècle. Devant le parterre des glands de ce monde, qui prennent une fessée de la part d’un mec ringard habillé à la mode médiévale (pré-Chanel, c’est vous dire !), même pas en costard sur-mesure et sans cravate.

Il avait pourtant prévenu, le Pape : la fessée, c’est son truc !

Un bon père sait attendre et pardonner, mais aussi corriger avec fermeté. Il n’est ni faible, ni laxiste, ni sentimental. Une fois dans une réunion, j’ai entendu un père déclarer : « je dois parfois frapper un peu mes enfants. Mais jamais sur le visage pour ne pas les humilier ». Cela, c’est beau, il a le sens de la dignité. Il doit punir, et le fait de manière juste.

 

Pas étonnant que nos technocrates européens s’empressent de faire interdire la fessée, tant celle qu’ils viennent de recevoir leur a douloureusement rougi les fesses. Mais plus qu’une fessée, c’est un soufflet que le Pape a infligé à ces politicards fumistes. Il les a tancés comme des écoliers pris la main dans le sac.

Qu’a-t-il prononcé, cet homme en blanc ?

On peut constater qu’au cours des dernières années, à côté du processus d’élargissement de l’Union Européenne, s’est accrue la méfiance des citoyens vis-à-vis des institutions considérées comme distantes, occupées à établir des règles perçues comme éloignées de la sensibilité des peuples particuliers, sinon complètement nuisibles. D’un peu partout on a une impression générale de fatigue, de vieillissement, d’une Europe grand-mère et non plus féconde et vivante.

Et quelles furent les réactions ? Les garnements sont-ils repartis honteux et le regard baissé ? Bien sûr que non ! Le discours fut chaleureusement applaudi dans un cynisme effarant, et on y vit chacun y aller de son couplet, comme nous le décrit l’article :

Dans l’hémicycle du Parlement, socialistes et conservateurs ont salué un appel à un « réveil » de l’Europe.

Personne n’a relevé le gant. Personne n’a réagi à cette provocation, cette injonction à réveiller les intelligences, construire du sens pour l’Europe et orienter les européens vers l’avenir. Il faut dire que dans cet hémicycle, le compromis et la compromission ne font qu’un, quand faire de la politique et favoriser des lobbys se confondent. Il existe même des écoles spécialisées dans la formation des lobbyistes, au cas où l’on aurait besoin de former la relève, car les lobbyistes ont les cheveux gris, majoritairement :

Le lobbying le plus efficace à Bruxelles est le fait d’anciens hauts responsables de la Commission, diplomates ou eurodéputés qui prennent leur retraite ou abandonnent leur fonction et mettent leur réseau et leur connaissance du système au service d’un lucratif travail de lobbying.

Aucun homme politique, aucune représentation européenne n’a répondu à cette lettre ouverte, à ce défi pour une Europe vivante. Car qui représente l’Europe ? Qui tient les manettes ? Qui est « responsable » ? Qui répond pour l’Europe ? Comme l’a prétendûment demandé Henry Kissinger en 1970 :

L’Europe, quel numéro de téléphone ?

Il y a trop de parlementaires terrés dans leurs dossiers (pour le mieux), ou simplement absents (pour le pire, en attendant leur come-back électoral national). Le Pape poursuit :

Les grands idéaux qui ont inspiré l’Europe semblent avoir perdu leur force attractive, en faveur de la technique bureaucratique de ses institutions.

Il n’y a plus de porteur d’idéal en Europe, plus de message universel. L’Europe est aux mains d’instances politiques et de parlementaires qui ne sont pas à sa hauteur. C’est une technocratie, le lieu de toutes les mésalliances et combinaisons politiques opportunistes et le siège du lobbying devenu l’horizon politique. Alors qu’elle devrait être un creuset des idées construisant le futur des européens, et au-delà, de proposer une vision et un projet universaliste, un « précieux point de référence pour toute l’humanité » dit le Pape. L’Europe devrait être ce fer-de-lance, cette lumière au sein des ténèbres.

Il est bien curieux, et pour tout avouer effrayant, que ce soit un représentant religieux qui nous le rappelle !

 

C’est une grande méprise qui advient « quand l’absolutisation de la technique prévaut », ce qui finit par produire « une confusion entre la fin et moyens ». Résultat inévitable de la « culture du déchet » et de la « mentalité de consommation exagérée ». Au contraire, affirmer la dignité de la personne c’est reconnaître le caractère précieux de la vie humaine, qui nous est donnée gratuitement et qui ne peut, pour cette raison, être objet d’échange ou de commerce.

D’après cet énoncé, je ne peux que rejoindre le Pape dans cette illustration de la confusion des fins et des moyens. J’en donne une explication dans ma définition des richesses et de sa relation avec toute forme de civilisation.

Mais il ne sera pas dit que ce type d’odieux personnage se permette de donner des leçons de bonne conduite à des mecs hautement diplômés ayant fait la preuve de leur haute valeur dans la finance (qui se mesure aux millions amassés) ou dans la haute administration (qui peut produire des milliers de normes mais sans jamais statuer sur la manière de les appliquer) ! Comme ces gens ont mieux à faire que de s’occuper des égarements d’un vieux schnock, il faut bien qu’un grand taré relève le gant et en remontre à cet outrecuidant.

Moi qui comptais me joindre aux contempteurs indignés à 5 étoiles du vieux continent, voire aux émigrés économiques pour raisons économico-fiscales, j’en suis pour mes frais : il va falloir retrousser les manches

Car il va bien falloir rester dans cette vieille Europe et persister dans cette France qui refuse son avenir. Pourquoi ?

Parce que tout est là, en germe, endormi. L’esprit, la culture, l’intelligence. Même la sève y coule encore. Elle se perd simplement dans des méandres trop languissants. Les racines sont profondes. Le terroir est fertile. Un vent glacial de facilité consumériste et de naïveté abêtissante (relativisme, bougisme, etc.) venu de l’Ouest a raidi les ramifications et freiné les jeunes pousses. Pourtant on sent poindre une insatisfaction grandissante qui dépasse la stupéfaction et l’hébétude ; certains veulent ne pas renoncer, même si tous les chemins semblent obstrués.

Certains se disent : si les vieux chemins que l’on nous ressert inlassablement sont des impasses, il faut arpenter nous-mêmes.

Voilà pourquoi il faut réchauffer et secouer l’Europe : elle est une terre d’espoirs et d’innovations véritables.

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