Le marché a toujours raison

Dans le monde de la finance, il est une expression bien connue de tous :

Le marché a toujours raison

Et ce, même s’il a tort face à la théorie et à la raison, et même s’il se comporte de manière excessive et déraisonnable, c’est quand même lui qui, in fine, à raison : car seul le marché existe. Il dispose de la raison du plus fort.

Car le marché peut contredire à la fois les analyses théoriques macro- et micro-économiques. De toute manière, il suffit de voir les « experts » de la finance et les économistes se contredire en permanence pour comprendre que la science économique est encore loin de disposer de la précision des axiomes mathématiques et des lois universelles de la physique.

On en serait plutôt au stade de la neurobiologie : on dispose de bases solides, mais tout reste à comprendre.

Vouloir aller contre le marché, pensent les traders, c’est se comporter comme Don Quichotte face à des moulins à vent.

 

Don Quichotte
Don Quichotte contre les moulins à vent – par Terry Gilliam (réalisera-t-il un jour ce film ?)

Car dire que le marché a toujours raison ne signifie rien d’autre que :

Les faits sont têtus.

– Lénine

(comme quoi, le Grand Kapital et l’Internationale sont pour une fois d’accord !)

 

Car le marché représente ce qu’il se passe réellement, et non ce qu’il devrait ou aurait dû se passer. C’est un présent indépassable qui s’impose à nous.

La loi du marché donne à l’expérimentation toute son importance : comme l’utopie, elle renvoie les théories à leurs études. Car en ce qui concerne le domaine du subjectif, il n’est rien que l’on puisse conclure, en positif ou en négatif, par le seul truchement de la raison.

Seules la tentative et la mise en pratique peuvent entériner la théorie.

On ne construit ni de voitures, ni d’avions, ni tout autre objet scientifiquement conçu sans en avoir produit des prototypes afin de les soumettre à des conditions réelles d’utilisation.

Le Vent Se Lève - Miyazaki - ingénierie
La conception…
Le Vent Se Lève - Miyazaki - essai
… puis la mise à l’épreuve ! (Le Vent Se Lève – Miyazaki)

Pourtant, les sciences et technologies que nous possédons aujourd’hui sont à même de produire des modèles théoriques de simulation performants. Et les exemples cités sont des objets tout ce qu’il y a de concret, donc objectifs dans leur globalité.

Et alors que l’industrie continue d’expérimenter, et que la science poursuit ses expériences, voilà qu’en ce qui concerne nos modes de vie, nous restons cloués à nos croyances théoriques. Certes, le débat fait rage, mais ce n’est que du débat d’idées : rien de concret n’est tenté, testé, réfuté ou accepté.

On voit des idéologies en remplacer d’autres, les contredire et les nier. Elles-mêmes deviendront à leur tour obsolètes. Des politiciens, par affinité ou héritage éducatif, peuvent s’en saisir et en « faire de la politique », c’est-à-dire entrer dans le processus législatif qui, de négociation en revirement, de chambre en chambre, de lecture en révision, et de compromis en compromission, ne produit que des bribes éparses et dissolues d’une pensée originellement holiste.

Mais il ne faut pas pour autant être dupe du fait que le marché est manipulable (ce que l’on nomme abus de marché) :

  • scandales de manipulations avérées (par exemple Libor et Euribor : ici ou ),
  • délit d’initiés divers et variés,
  • trading haute fréquence (avec des algorithmes spécifiques) ou la simple spéculation quotidienne,
  • tactiques de « pump and dump« ,
  • etc.

 

Et bien entendu, ce qui est vrai pour les marchés financiers l’est aussi pour toute autre forme de « marché » ou d’expérimentation. On peut ainsi bouleverser par manipulation le fonctionnement de pays entiers à travers :

 

Par conséquent, se fier aveuglément à la loi du marché est absurde.

Il faut donc l’utiliser à bon escient, car elle représente un intérêt certain, mais doit être soumise à une vigilance de tous les instants, tant les moyens de manipulation et le nombre d’acteurs intéressés sont conséquents.

Et on voit bien que se pose la question du regard de l’observateur « objectif » : quel pourrait-il être ? Il existe des autorités de régulation des marchés financiers, mais on a constaté le peu d’efficacité et de pouvoir qu’ils avaient quand la crise financière des subprimes a éclaté en 2008. Depuis, nous dit-on, leurs prérogatives ont été étendues et les normes bancaires sont plus restrictives : il suffit d’y croire…

Quant à penser ce que serait une autorité de régulation, non plus des marchés financiers, mais des « marchés humains », c’est-à-dire des sociétés, des pays, des peuples, des Etats, des frontières et des individus, c’est une autre paire de manches ! Il faudra s’atteler à la question du droit international et des instances auxquelles on a délégué la responsabilité de le faire respecter : l’ONU, par exemple.

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