La galaxie des mouvements dissidents : renverser Hollande !

Rien ne semble aussi saugrenu qu’un coup d’Etat en France, de nos jours. Qui plus est quand le chef de l’Etat prend l’apparence d’un gros bourgeois débonnaire.

Instiguer un coup d’Etat contre Hollande ! C’est comme si on voulait renverser le Duc d’Orléans contre la monarchie, faire dissidence dans le fort Boyard ou prendre d’assaut un château médiéval en ruines ! Franchement, cela vaut-il la peine de se lever le matin ?

François Hollande
Renverser le patapouf : sérieusement ?

C’est pourtant ce que certains dissidents ont tenté de faire, le 14 juillet 2015, grand jour de fête nationale et de défilé militaire. Ils ne portaient même pas des masques de Guy Fawkes, comme les vrais indignés.

Mais, par responsabilité, je me sens obligé de réagir à ce fait divers, car je prône une forme de radicalité qui ne doit pas être confondue avec un fanatisme ni avec une quelconque velléité autoritaire : j’en suis à l’exact opposé. Mais je pense qu’en des temps d’instrumentalisation, de dissimulation et de dévoiement de toute pensée ou idée, de simplification hypocrite et de simplisme crétin, il est autant nécessaire d’affirmer ses valeurs que de réfuter les valeurs qui ne sont pas les siennes. Cela ne doit pas laisser de place au doute ou à la mésinterprétation (volontaire ou involontaire).

J’aurais envie de balayer ce fatras d’un revers de main, de ne pas le prendre au sérieux, car c’est ce qu’il mérite.

D’abord, le symbole même du coup d’Etat au sein d’un Etat moderne « démocratique » prête à sourire : on n’est pas en Thaïlande ou dans un pays d’Afrique au régime corrompu ; on en a fini avec la mise sous coupe réglée des Indes, de l’Afrique et de la péninsule arabique avec la décolonisation et ses luttes d’indépendance ;  on peut aussi penser qu’il n’y a plus tellement de mainmise occidentale pour tirer des ficelles complotistes comme durant la guerre froide (avec les coups fourrés des barbouzes d’un camp ou de l’autre).

Mais il y a trop de non-sérieux accumulé pour ne pas devoir le démanteler. Car le non-sérieux finit par devenir un carburant pour lui-même : le délire irrigue le délire. D’ailleurs, le mouvement dont je parle ici fait apparemment florès sur les réseaux sociaux (sacs à déchets, pour rester poli). Il ne suffit donc pas de faire le dédaigneux, comme les médias de masse ou les hommes politiques de l’establishment. Il faut aller au cœur du problème et dénoncer ce qui doit l’être.

 

Tiens ! Des dissidents conspirationnistes !

Si l’on prend quelques minutes pour jeter un œil sur les motivations de ces dissidents (voir cette vidéo et ce site de promotion du « mouvement du 14 juillet »), on comprend rapidement que tout le baratin habituel de la paranoïa et de la mauvaise foi sans aucune rationalité y est compilé :

  • Demandez le programme : « retrouver notre armée, gérer notre armée » (pour s’attirer la sympathie militaire, car on a quand même besoin d’eux pour prendre l’Elysée), « faire nos lois » : encore des nationalistes anti-européens primaires, comme on en voit fleurir à tous les meetings des quatre coins de l’Europe en ce moment (c’est la mode)… le bouc émissaire n’a pas fini de se faire cracher dessus ! Entre autres, l’exemple hallucinant de l’Islande qui aurait soi-disant résisté aux pressions malsaines de la finance mondialisée après la crise financière afin de ne pas avoir à rembourser les dettes de ses banques. Résultat : la dette est belle et bien en train d’être remboursée ! (voir aussi ici).
  • Instaurer un gouvernement provisoire « le temps que les Français décident de ce qu’ils veulent réellement » : ah ben, on va pouvoir attendre longtemps ! Tous les responsables des « mouvements dissidents » y seraient conviés, excluant les fameux « membres de secte » (francs-maçons, illuminati, etc.) qui, comme il va de soi dans la théorie du complot, tiennent aujourd’hui les rênes du pouvoir. Gouvernement « bis », « shadow cabinet » fondé sur toutes les revendications en vogue actuellement : cela ne fait en aucun cas un mouvement de société. Imaginons Mélenchon, Le Pen, Todd, Badiou, etc. aux « commandes » : il n’y aurait pas assez de commandes pour tout le monde ! J’ai envie de dire : faites ça chez vous, pas chez moi ! Votre grand bordel n’a aucune raison de m’être imposé.

Bref, inutile de passer plus de temps à faire étalage de ce peu ragoûtant pudding politique (voir quand même ici ou pour plus d’information sur ce mouvement « démosophie » –  par curiosité pour ces êtres paranormaux que les ambiances malsaines, conspirationnistes et confusionnistes réjouissent, et qui malheureusement sont légion sur la toile).

 

Le coup d’Etat comme moyen d’action

Je commenterai surtout le moyen d’action : le coup d’Etat.

Premièrement, lorsque l’on prétend être représentatif d’un peuple pour lui faire reprendre ses droits et son destin, on ne se rassemble pas seulement 300 gus. Même ceux qui sont devenus des dictateurs-bouchers (la liste est longue) ont été à l’origine suivis par une vague de fond populaire qui a permis leur accession au pouvoir, donc un coup d’Etat avec la complicité militaire qui se joint aux revendications du peuple : c’est la guerre civile dont ils sortent victorieux.

Les 300 dingos (appelons les choses par leur nom) du « mouvement du 14 juillet » qui pensaient retourner l’armée française au pied de l’obélisque de la Concorde ont simplement oublié qu’ils n’avaient strictement aucune représentativité. C’est à force de folie narcissique auto-alimentée qu’ils en sont arrivés à nier les idées fondamentales de représentativité et de démocratie.

Hollande, par son indigence, aurait dû ouvrir un boulevard à l’expression démocratique ; au lieu de cela, on constate une déliquescence politique dans tous les partis traditionnels sans exception – comme si l’exemple du monarque inconséquent déteignait sur tous. Il en va de même pour les médias, qui n’ont jamais été aussi superficiels et suiveurs de l’air du temps; ils sont une caisse de résonance à la botte de l’agenda politique du jour, concocté en cabinet. Car ce dont les médias raffolent, c’est le story telling, ou scénarisation de la vie politique ; les politiciens font tout leur possible pour les en abreuver.

Par rejet de cette intolérable pensée unique ambiante, on voit apparaître nombre d’apprentis-sorciers révoltés-comploteurs (une liste ici, par exemple ; et ce site qui tente de faire du ménage parmi cette masse informe). Car, comme on dit, la nature a horreur du vide : plus la classe politique est déficiente en ne sachant plus répondre aux attentes de la population, plus l’abstention (synonyme de défiance) et le vote contestataire (FN, notamment) augmentent, plus des propositions alternatives farfelues ont des chances de trouver un écho (comme c’est le cas concernant cette « démosophie » par exemple).

 

Deuxièmement, à ces conspirationnistes qui auraient fait le raisonnement selon lequel attaquer un chef de gouvernement affaibli par son impopularité, ses divisions internes et sa propre incapacité à décider avec fermeté serait plus facile à renverser qu’un autre, il faut dire la chose suivante : plus le chef d’un gouvernement est faible, plus la démocratie peut s’exprimer, et moins le recours à la force est nécessaire. Dans ces conditions, si révolution il y a, ce sera une révolution douce.

Le recours à la force ne doit être envisagé (en ultime recours) que dans le cas où le pouvoir ferait largement preuve de violence contre son peuple. La fin ne justifie jamais les moyens : faire un coup d’Etat contre un gouvernement despotique, autoritaire et totalitaire se conçoit. Cela s’appelle faire la révolution ; c’est, sous le joug d’un despote, une nécessité, car le despote préfère faire sombrer son Etat avec lui que de céder sa place.

Mais au sein d’un Etat démocratique et très tolérant (voire mollasson, osons le mot) tel que la France, tenter de réaliser un coup d’Etat est une insulte aux Français : c’est s’approprier fallacieusement la volonté de ce peuple.

flubber williams robin
L’Etat français en molle forme : vous avez dit « flanby » ? (Flubber, Robin Williams)

flanby hollande
Démoulez et constatez ! (renversez Flanby et laissez le caramel couler !)

Or :

  1. soit l’on considère que le peuple n’a aucune volonté, et dans, ce cas, il faut le remplacer, et c’est une logique totalitaire qui se met en place,
  2. soit le peuple a une volonté, mais celle-ci est émoussé par le désespoir et le découragement, et dans ce cas, il faut l’éveiller afin de remettre du vent dans les voiles.

Le premier cas, c’est celui des dissidents qui veulent imposer plutôt que convaincre en proposant. C’est une bonne ligne de démarcation entre entre fanatique et radical : ceux-là sont des fanatiques – qu’ils se radicalisent un peu, et nous verrons de quel bois ils se chauffent réellement !

Contrairement à ce que les fanatiques professent, rien n’empêche de procéder de la seconde manière : jouer le jeu de l’institution tout en expliquant que l’objectif final est de la renverser. A défaut d’alternatives sensées et crédibles (suffisamment pour motiver les abstentionnistes de revenir dans les bureaux de vote) s’incarnant au sein d’un ou plusieurs partis politiques constitués selon le canon républicain, les prédicateurs de n’importe quoi ont de beaux jours devant eux. La France n’empêche pas cela, à tel point qu’on a laissé des énergumènes en bande organisée répandre leur nausée sur les réseaux sociaux avant d’aller tenter un putsch de pacotille.

 

Par conséquent, bien que je n’éprouve aucun respect pour le gouvernement ni la classe politicienne française que nous subissons depuis trente ans (toujours et encore les mêmes à droite et à gauche depuis Mitterrand), je suis plus que rassuré qu’un Etat auquel j’appartiens ne puisse être renversé par un coup d’Etat mené par quelques hurluberlus nationalistes (donc anti-européens et vaguement anti-américains) sans projet, ni vision du monde (si ce n’est : « la guerre nucléaire est proche »…), ni agrément de la population.

L’insurrection est souvent prônée, c’est le moyen le plus romantique. Tous les mouvements alter et extrêmes s’en revendiquent : ZADistes, nationalistes-racistes-fascistes-suprémacistes, black-blocs, indignés, anonymous, etc.

La désobéissance civile, le radicalisme et l’action par l’effort sur soi-même le sont beaucoup moins. Car dans la société du zapping, on veut tout, tout de suite. Il a fallu plus d’un siècle aux Lumières pour s’imposer ; la plupart de ces philosophes n’ont pas vécu la révolution qu’ils ont inspirée. Qui oserait dire qu’ils étaient moins enragés que nos dissidents d’aujourd’hui ? Qui oserait dire qu’ils ont été moins efficaces ? Qui, enfin, oserait dire que leur mode d’action n’a pas engendré un bouleversement social d’émancipation humaine comme il n’en avait jamais été constaté précédemment, qui continue d’inspirer le monde et persiste en tant qu’idéal ? (bien que la civilisation occidentale ne fasse trop souvent de cet héritage un usage à sens unique)

Un indice pour déceler les complotistes de base ? Leurs idées sont nationalistes, jamais universalistes : ils pensent étroitement et baragouinent un patois local (comme dans une société traditionnelle fermée). Ils flattent de bas instincts de retour à une prétendue autonomie sans responsabilité :

Que le confort soit nôtre, et le monde du dehors ne sera plus qu’un bruit de fond, une nuisance à peine perceptible !

Leur démagogie ne dépasse jamais leurs frontières.

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