Mes libertés

La liberté est un état d’équilibre instable

Je pense en effet que la liberté est comme une balance secouée de perpétuelles oscillations, ou comme un élastique résistant à des forces centrifuges sans céder.

L’inverse pourrait être représenté comme une balance qui n’oscille plus, soumise à un corps mort qui l’asservirait asymétriquement dans un extrême ou l’autre. C’est l’affaissement des tensions, l’aboulie. C’est la pente douce de la facilité et de nos préjugés que nous empruntons trop souvent. Or il faut aller contre cette pente, contre soi pour être libre (quelques exemples concrets ici).

Car la liberté réside dans un état de tension envers et contre le monde et soi-même, et non pas dans un accord trop aisément falsifiable avec une « droiture en soi » ou un très hypothétique « choix délibéré ».

C’est une tempérance, non pas comme vertu molle, ou « eau tiède », mais comme tension permanente, lutte contre soi et le monde

Ainsi, il n’est plus question d’avoir à sonder les tréfonds de son âme pour différencier ce qui est intrinsèquement soi (sa volonté propre, sa morale) et ce qui nous a parasité (les influences qui nous manipulent – famille, culture, traditions, etc.), car ce travail est impossible. Il faudrait détricoter individuellement ce que Pareto nomme les « résidus » et les « dérivations ». Ce serait se déconstruire soi-même : idéaux philosophique (recherche de la vérité) et psychologique (connaissance du moi), mais fantasmes s’il en est !

Rechercher l’équilibre, c’est, de manière pragmatique et matérialiste, considérer les forces en présence, mettre à jour les excès et prendre la posture adéquate pour les rééquilibrer :

C’est dépasser un hypothétique « soi » intangible et permanent, borné de « principes » fallacieux, et se résoudre à devenir, au gré des nécessités, ces « autres » que l’on croyait pourtant si étrangers

Rétablir cet équilibre est donc la seule loi globale, la seule obéissance qu’universellement nous pouvons nous prescrire. C’est un existentialisme.

Cela correspond à la forme défensive (ou « responsable ») de la liberté : une réaction nécessaire à une situation déséquilibrée, synonyme d’injustice. C’est un engagement vis-à-vis du monde entier, et pas seulement de ses proches ou de sa patrie. La justice est souvent représentée par une femme aveugle qui tient une balance. C’est le symbole de l’impartialité : elle ne distingue ni « les siens » ni « les étrangers », soupèse les faits et rétablit l’équilibre.

justice - liberté défensive
Justice aveugle

En énonçant tout cela, on conclut que je fais aussi de la liberté une morale. Car je considère la liberté comme la valeur suprême et indépassable (c’est un sentiment profondément ancré et que je reconnais volontiers totalement subjectif de ma personne – puisque tout est subjectif), et par conséquent j’assimile la liberté à la plus haute vertu : c’est ainsi que pense Thucydide.

 

Mais il existe un pendant à cette forme défensive de la liberté :

Puisque nous ne sommes pas des bêtes, puisque nous avons tué Dieu (ou devons à tout le moins décider de le faire), nous sommes condamnés à être libres. C’est notre damnation et notre bénédiction. Et même si nous devenions dieux pour nous-mêmes, nous serions toujours confrontés à notre liberté : savoir quoi faire de nous-mêmes.

La forme créatrice de la liberté, puisque nous parlons d’elle, est celle qui s’exprime « gratuitement », par la simple interaction d’une individualité avec le monde ; elle engendre des formes variées : une fleur fragile, un arbre robuste ou une forêt luxuriante. Elle est expression de la subjectivité, mais ne peut exister pleinement que si l’individu acquiert le loisir de cesser de n’avoir qu’à se défendre, donc que les conditions de l’équilibre sont réunies. Pour cette forme créatrice de la liberté, une définition serait :

La liberté est la quête de sens et la quête de sens est la liberté

On s’approche de la définition de Pavese.

J’ajoute que :

S’il faut parfois savoir réfréner ses commodités personnelles sous peine de sombrer dans la déliquescence, il serait stérile de ne jamais laisser libre cours à ses affects.

C’est l’idée que développe Alain en parlant de la liberté qu’il y a à être en harmonie avec soi en faisant ce qui nous plaît :

J’entends travail libre, effet de puissance à la fois et source de puissance. Encore une fois, non point subir, mais agir.

– Alain

Où l’on retrouve encore Thucydide :

Mettez le bonheur dans la liberté, la liberté dans la vaillance

 

Et la boucle est bouclée, puisque l’on revient ainsi à la liberté défensive :

La liberté défensive est insufflée par la liberté créatrice, et cette dernière puise son sens social dans l’éthique de la liberté défensive

Cette combinaison de deux formes de libertés – mes libertés – est en elle-même un état d’équilibre instable : liberté dans la société, avec les autres (comme Bakounine l’exprime si bien), d’une part, et la liberté en soi, pour soi, d’autre part :

Qu’il est bon d’être vivant, et libre ! Et meilleur encore de partager ce sentiment avec toi !

7 réflexions sur « Mes libertés »

  1. « mettre à jour les excès et prendre la posture adéquate pour les rééquilibrer »

    Par rapport à une situation inexistante subjectivement perçue comme devant être ?

    Ça laisse pas moins de 7 milliards d’équilibrages à produire et reproduire sans cesse, les uns n’étant pas compatibles avec les autres.

    A mon avis c’est pas par ce bout là qu’il faut attraper le sujet mais bien plutôt par la quête de sens, mais pas non plus une quête de sens individualiste, la quête de sens collective ; or ce qui est bon, un bien ou un bienfait pour la communauté n’est pas forcément un bien pour l’individu qui s’en trouvera entravé dans sa liberté.

    De fait la liberté ne peut exister (c’est un concept absolu, perdre si peu que ce soit de liberté c’est perdre la liberté toute entière) et la quête de sens s’accomplir uniquement si on consent à renoncer à la liberté.

    C’est peut être ça finalement la liberté, consentir librement d’opérer le choix d’y renoncer pour servir l’intérêt humaniste qui s’appliquera à la communauté toute entière ; ce n’est pas alors vraiment sacrifier sa liberté mais un échange de liberté individuelle contre de l’auto-déterminisme collectif, une extension de liberté dans la quête de sens.

    (De là on peut mettre à jour les excès et prendre la posture adéquate pour les rééquilibrer sans crainte d’avoir what mille équilibrages contradictoires à opérer, pour peu que la communauté se fasse une idée relativement précise de ce à quoi elle veut s’auto-déterminer. Une ébauche ici.)

    1. Bonjour et merci pour ce commentaire qui pose beaucoup de très bonnes questions.

      Je vais essayer de répondre dans l’ordre :
      – « Ça laisse pas moins de 7 milliards d’équilibrages à produire et reproduire sans cesse » : je suppose que vous faites allusion aux 7 milliards d’individus peuplant cette planète ? Dans ce cas, oui, c’est exactement mon propos puisque je parle de libertés individuelles. Chacun doit donc prendre sa part du boulot. Comme dirait Emile-le-tueur (La Cité de la Peur) : on ne peut pas changer 7 milliards de fois 7 milliards de personnes, mais on peut changer une fois une personne (soi-même). Je décris ça à la fois dans l’article sur la plasticité du cerveau (http://pensees-uniques.fr/plasticite-du-cerveau/) et dans les travaux pratiques de liberté (http://pensees-uniques.fr/mes-libertes-travaux-pratiques/) ; comme chante Michael : « I’m starting with the man in the mirror ».

      – « c’est pas par ce bout là qu’il faut attraper le sujet mais bien plutôt par la quête de sens, mais pas non plus une quête de sens individualiste, la quête de sens collective » : totalement d’accord sur la quête de sens, mais elle ne peut à mon sens être qu’individuelle avant d’être collective – c’est-à-dire une généralisation d’une sensibilité à une communauté partageant cette sensibilité. Du coup : ma liberté étant compatible de fait avec ceux qui ont la même forme de liberté que moi, je ne me sens pas limité à mes dépens.

      – « la quête de sens [ne peut] s’accomplir uniquement si on consent à renoncer à la liberté » : je ne suis pas d’accord d’une part pour la raison évoquée ci-dessus, d’autre part parce que je définis déjà la liberté comme un équilibre instable entre liberté créatrice et liberté défensive ; or, ce n’est pas renoncer à la liberté que de chercher cet équilibre, c’est au contraire éviter les excès (les extrêmes) qui eux, empêchent la liberté de s’exprimer.

      – « C’est peut être ça finalement la liberté, consentir librement d’opérer le choix d’y renoncer pour servir l’intérêt humaniste qui s’appliquera à la communauté toute entière » : j’appelle ça faire communauté, ou plus largement : faire civilisation. C’est au coeur de ma réflexion, par exemple : qu’est-ce que la richesse ou les richesses (http://pensees-uniques.fr/des-richesses-a-la-richesse-un-devoiement-du-progres-en-capital/) ? comment s’organise le travail pour servir une civilisation et comment une civilisation définit ce que doit être le travail (http://pensees-uniques.fr/du-travail-a-la-civilisation-et-inversement/) ?

      Quand vous parlez de « communauté toute entière » : est-ce le monde ? Car dans ce cas-là, je suis en désaccord : il peut y avoir des communautés homogènes partageant des valeurs communes, mais je ne crois pas qu’imposer des valeurs homogènes à l’ensemble de l’humanité ne soit ni réaliste, ni souhaitable (car sans alternative possible, on sombre dans le totalitarisme).
      Tout « auto-déterminisme collectif » est pour moi une barbarie parmi d’autres (http://pensees-uniques.fr/barbaries/). Proclamer « avoir raison » ou « détenir la seule et unique vérité » relève de la croyance morale ou religieuse (voir http://pensees-uniques.fr/subjectivite-et-relativisme/ et http://pensees-uniques.fr/un-monde-sans-dieux/).

      Tout mon projet relève de cet objectif : faire cohabiter le particulier (la liberté comme valeur suprême et fondamentale) et le général (le monde étant un, notre planète à tous) : http://pensees-uniques.fr/lutopie-comme-ligne-directrice/

      C’est d’ailleurs un travail en cours !

      Je n’ai pas encore jeté un coup d’oeil à votre blog, mais je prendrai le temps de le faire !

      1. Salut à toi,

        Je te réponds sur les points où éventuellement on sera en désaccord :

        « [la quête de sens] ne peut à mon sens être qu’individuelle avant d’être collective »

        C’est un magnifique truisme, bravo 🙂

        Bien sûr mais tu conviendras certainement que conscientiser dans son coin ça confine à l’onanisme et je pourrais presque dire que du simple fait de notre état d’animal social seule la quête de sens collective revêt vraiment du sens (ce qui n’enlève rien à l’individu à aucun niveau entendons nous bien).

        « ma liberté étant compatible de fait avec ceux qui ont la même forme de liberté que moi, je ne me sens pas limité à mes dépens. »

        Si et seulement si la communauté considérée partage ta sensibilité

        « Quand vous parlez de « communauté toute entière » : est-ce le monde ? Car dans ce cas-là, je suis en désaccord : il peut y avoir des communautés homogènes partageant des valeurs communes, mais je ne crois pas qu’imposer des valeurs homogènes à l’ensemble de l’humanité ne soit ni réaliste, ni souhaitable (car sans alternative possible, on sombre dans le totalitarisme). »

        Oui nous sommes forcés de considérer l’ensemble de l’humanité, l’humanisme ne tolère rien de moins.

        Et précisément il ne s’agit pas de chercher ou d’attendre des homogénéités là où il n’y en aura jamais, je soutiens donc ce que je disais précédemment.

        « Tout « auto-déterminisme collectif » est pour moi une barbarie parmi d’autres »

        La barbarie des barbaries si tu veux, on est au cœur de la problématique de ton utopie (qui est un peu la mienne).

        Tu poses comme prémisse « l’inexistence avérée de toute objectivité morale », et ce faisant tu confonds ce qui relève du biais cognitif de l’incapacité contextuelle (je sais pas si je suis bien clair là, j’espère que tu me suis ^^) ; d’ailleurs ta conclusion ne laisse pas d’équivoque : « Concernant la morale : il faut dépasser le subjectivisme sous peine de tomber dans le relativisme, et proclamer les vertus de la subjectivité en tant que liberté. », clairement mais ta prémisse interdit cela.

        Nous pouvons en dépit de nos biais cognitifs accéder au moins de façon parcellaire à la morale absolue si la conscience et la connaissance le permettent (et nous y accéderions totalement si nous avions la conscience et le savoir absolu) (j’objecte strictement la même chose aux marxistes qui affirment que pour le matérialisme il n’existe de morale que de classe, ce qui n’est pas entièrement faux puisque nous sommes pris dans la subjectivité collective de la lutte de classe ; qu’il faut transcender également).

        « Proclamer « avoir raison » ou « détenir la seule et unique vérité » relève de la croyance morale ou religieuse »

        C’est pas du tout ce que je dis, je n’ai rien d’autre que la démocratie en tête. (soit dit en passant : « démocratie libérale » ça n’a strictement aucun sens à mes yeux, au mieux c’est un pléonasme, au pire ça ne veut rien dire, dépendant du sens qu’on donne à libéral).

        Merci pour ton attention et pour ton temps.

        1. « précisément il ne s’agit pas de chercher ou d’attendre des homogénéités là où il n’y en aura jamais, je soutiens donc ce que je disais précédemment » : c’est-à-dire ? Il y a déjà homogénéité à proclamer l’humanisme universaliste et la démocratie : de nombreuses sociétés existant ou ayant existé ne sont ou n’étaient pas fondées sur ces valeurs, sans pour autant n’être pas viables et profitables (au sens subjectif) pour leurs membres.

          Donc, n’avoir « rien d’autre que la démocratie en tête », c’est déjà énorme en termes d’implications morales et organisationnelles (en gros, cela ne signifie rien moins que « changer le monde »).

          « Proclamer « avoir raison » ou « détenir la seule et unique vérité » relève de la croyance morale ou religieuse ». C’est pas du tout ce que je dis, je n’ai rien d’autre que la démocratie en tête.
          => ce ne sont pas des propos que je te prête, je poursuivais ma critique de l’objectivisme.

          « Concernant la morale : il faut dépasser le subjectivisme sous peine de tomber dans le relativisme, et proclamer les vertus de la subjectivité en tant que liberté. », clairement mais ta prémisse interdit cela.
          => cela signifie simplement : il ne peut y avoir une objectivité absolue qui soit profitable à tous, car elle écraserait les subjectivités, par nature diverses et divergentes. Je prends pour posture qu’il est préférable de privilégier les individualités subjectives (vision bottom-up) face à une objectivité globalisante (vision top-down) – c’est du libéralisme, il me semble ?
          Du coup, je préfère parler de libertés, de communautés, de systèmes politiques et d’organisations du travail, tout ça au pluriel.

          Je pense que la discussion que nous avons est symptomatique du fait que l’on échange des arguments sur des concepts sans concrétiser une vision d’ensemble (c’est ce que j’explique dans http://pensees-uniques.fr/lutopie-comme-ligne-directrice/).
          Le problème c’est que ma vision d’ensemble n’est pas encore rédigée (ce sera tout l’objet des articles de ma catégorie 4. Le futur réinventé http://pensees-uniques.fr/category/futur-reinvente/), et elle va être difficilement résumée en quelques lignes dans un commentaire : dire que c’est une organisation supra-communautaire (« service-monde ») dont le rôle doit être cantonné à assurer les seuls besoins objectifs que l’on puisse saisir (cf. deux premiers étages de la pyramide de Maslow, que tu connais – j’ai vu ton article – http://pensees-uniques.fr/maslow-conditions-humaines-conditions-sociales/) à toute communauté y participant volontairement – cette communauté acceptant de mutualiser ses moyens de défense et de participer aux missions de sécurité sans avoir à renier sa culture, ses modes d’organisation sociaux, politiques, etc.
          Par exemple, une communauté royaliste pourrait coexister avec une communauté démocratique. En outre, les frontières y seraient perméables et flexibles en fonction des variations de populations (démographie et migrations).
          Je suis donc partiellement le projet de Kant (https://fr.wikipedia.org/wiki/Vers_la_paix_perp%C3%A9tuelle ou http://la-philosophie.com/kant-paix-perpetuelle-projet) dans sa vision pacificatrice et fédéraliste, sans y associer la nécessité d’Etats républicains, mais de frontières ouvertes permettant des mouvements de population entre communautés. La coopétition doit permettre de faire émerger par l’expérimentation (http://pensees-uniques.fr/le-marche-a-toujours-raison/) des communautés viables et diverses.
          L’hospitalité et la démilitarisation y sont néanmoins des valeurs nécessairement partagées, en échange d’une garantie d’autonomie et de sécurité.
          Donc : définir le minimum de ce qui doit être mis en commun (et ne jamais dépasser ce minimum), et laisser les subjectivités (les barbaries) s’exprimer « librement ».

          1. Une vision plus concrète aiderait à la compréhension c’est sûr mais je crois avoir saisi l’essentiel de ta vision, je ne peux que saluer l’intention qui l’anime.

            Je réponds d’abord à ton « c’est-à-dire ? » : c’est à dire qu’il est nécessaire de sacrifier un peu de sa liberté pour vivre en communauté.

            Avant de poursuivre je vais remettre les définitions que j’avais donné du libéralisme, du néo-libéralisme et de l’idéologie libertaire sur ce billet :

            Le libéralisme est une idéologie qui affirme une vision quasi absolue de la liberté et réfute à ce titre toute forme de domination ; le néo-libéralisme (ou ultra-libéralisme) est une idéologie qui valide les rapports de domination inhérents à l’état de nature, considérés dés lors comme intrinsèques à la notion de liberté (??) ; l’idéologie libertaire non seulement les réfutes mais pose comme nécessité ontologique la transcendance de notre condition première (par l’humanisme).

            « il ne peut y avoir une objectivité absolue qui soit profitable à tous, car elle écraserait les subjectivités, par nature diverses et divergentes. Je prends pour posture qu’il est préférable de privilégier les individualités subjectives (vision bottom-up) face à une objectivité globalisante (vision top-down) – c’est du libéralisme, il me semble ? »

            En tous cas ça y ressemble beaucoup puisqu’il y a manifestement l’intention de ne pas reproduire les rapports de domination inhérents à l’état de nature.

            Tu mets le doigt sur le nœud moral gordien, il arrive un moment où la morale annihile la subjectivité et prive de liberté ; c’est un tarif incompressible, à payer de gré ou de force. Et là on vient de glisser vers l’idéologie libertaire, et c’est attendu puisqu’il ne s’agissait pas de reproduire les schémas de notre condition ontologique première, il faut bien renoncer à des comportements sauvages immoraux, même si certains souhaiteraient s’y adonner ; et c’est une violence que nous nous infligeons à nous-mêmes volontairement, pour nous auto-déterminer à devenir meilleurs.

            La seule question qui demeurait est : qui définit ce qui est moral au nom de la communauté humaine que nous formons de fait ? On tombe logiquement sur la démocratie, avec les travers que cela implique mais qui est seule garante d’un égalitarisme a minima.

            Pour conclure, je te dirai simplement que l’excès de subjectivité est certainement aussi préjudiciable que l’excès d’objectivisme, par corollaire l’excès de liberté (a fortiori de libéralisme) (et je reboucle donc encore sur ce que je disais précédemment).

            1. Clairement, l’utopie que je poursuis est de courant libéral (au sens originel, issu des Lumières) et libertaire (influences anarchistes).

              « il arrive un moment où la morale annihile la subjectivité et prive de liberté » : tout à fait d’accord, et on peut aussi appeler cette morale « croyance » ou « religion » ; mais on choisit en tant qu’individu à y souscrire car elle nous convient (ce qui n’empêche pas la réforme, ultérieurement).

              « La seule question qui demeurait est : qui définit ce qui est moral au nom de la communauté humaine que nous formons de fait ? » Maslow (http://pensees-uniques.fr/maslow-conditions-humaines-conditions-sociales/) offre une bonne grille de lecture pour répondre à cette question. Pour moi, il est indiscutable que satisfaire ses besoins physiologiques et de sécurité (sauvegarde de l’intégrité physique) rassemble tout le genre humain, car c’est inhérent à toute espèce vivante. Donc l’homme devrait au moins pouvoir s’accorder sur cette base !
              Mais au final, la plupart des Constitutions nationales et la Déclaration internationale des Droits de l’Homme (dont la plupart des pays sont signataires) posent déjà ces droits « de base » (et bien d’autres). Le problème vient du système pour les appliquer, et souvent pas de la mauvaise volonté des peuples, mais de celle de leurs gouvernements despotiques !
              Couper l’herbe sous le pied à ces dictateurs de manière systémique (et non pas tactique, au coup par coup, comme c’est le cas jusqu’alors) serait pour moi le grand changement : décrire à quoi pourrait ressembler ce système, sans faire une bête lettre au Père Noël, c’est là mon projet.

              1. « on choisit en tant qu’individu à y souscrire car elle nous convient »

                Plutôt nous subissons la morale collective fixée par la loi (entre autres, mais a minima) (il y a la morale héritée de l’habitus aussi ; et du conatus…), et nous choisissons d’y soumettre notre conviction si la loi nous parait juste (a fortiori la morale qui la sous-tend) (ce qui implique de posséder les moyens culturels de déterminer sa justesse bien sûr, et ce sera forcément par rapport à une idéologie, consciemment ou non -habitus, conatus, bis-) (un néo-libéral ne cautionnera jamais l’utopie dont nous parlons par exemple, il souffrira cette forme de liberté) (c’est le paradoxe majeur, insoluble, du libéralisme).

                « l’homme devrait au moins pouvoir s’accorder sur cette base ! »

                Trop de libéralisme ça tue le libéralisme te dis-je ^^

                « Couper l’herbe sous le pied à ces dictateurs de manière systémique (…) serait pour moi le grand changement : décrire à quoi pourrait ressembler ce système, sans faire une bête lettre au Père Noël, c’est là mon projet. »

                J’ai bien compris, même si je ne peux y souscrire que partiellement, j’adhère au moins à la partie libertaire pour ce qu’elle a d’émancipatrice de notre condition ontologique primaire, ce serait déjà un progrès par rapport à ce qu’on connait aujourd’hui c’est certain ; et j’adhère bien sûr à l’idée d’une stratégie systémique qui va en ce sens.

                Au plaisir de te lire.

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