Le mythe de la croissance économique infinie

Tout comme le « capitalisme » ne peut être confondu avec cette forme particulière qu’est le « capitalisme bourgeois », la « croissance » (ou développement, ou progrès) ne saurait être restreinte à la croissance économique. C’est de cette dernière précisément dont je vais parler ici, ayant déjà donné mon point de vue sur la croissance (tout court) et ses détracteurs ici et . Mais de mauvaises habitudes poussent la plupart des personnes à dire « croissance » quand ils désignent en réalité la croissance économique – choses mal nommées qui ajoutent donc du malheur au monde, selon l’expression de Camus.

Quelles sont les tendances pour demain : croissance économique, seras-tu là ? Stagnation séculaire à venir ou simple mouvement cycliqueun bon vieux Kondratiev-Schumpeter, notamment, mené par les avancées technologiques ? Rien ne sert de demander aux oracles, nous avons toutes les cartes en main (ou, à défaut, il faut nous en doter) pour créer le monde que nous désirons, et cesser de vivre dans celui que nous subissons : la fuite en avant cynique du capitalisme bourgeois et sa dévotion au mythe de la croissance économique infinie, dont je veux exposer ici les rouages.

Tendances à l’œil nu

En cette moitié de l’année 2016, les chiffres ne sont pas bons. La planche à billets tourne toujours à fond chez la FED, la BCE, la Banque du Japon, etc. Jean-Luc Ginder écrit dans cet article :

Nous allons être témoins d’une vague de décisions visant à déverser beaucoup d’argent pour maintenir le système. La banque centrale américaine n’augmentera pas ses taux d’intérêts comme cela était programmé. On peut se demander si la banque centrale européenne continuera à injecter de plus en plus d’euros. Amis, nos problèmes ne trouveront pas leur solution dans cette posture. […]

Ce qui s’annonce est une catastrophe économique globale et majeure. La stratégie qui consiste à ouvrir largement les vannes financières ne fera que retarder le processus en marche. Elle confirme qu’il n’y a plus de pilote et dramatiquement il n’y a plus de cabine de pilotage en France, en Europe, ni ailleurs dans le monde.

Mais la croissance économique ne vient pas, ni l’inflation d’ailleurs, ni ici, ni chez les BRICS, et pas davantage en Afrique. C’est qu’en réalité, si l’on suit la thèse de Piketty, il n’y a jamais eu de croissance économique « forte » (supérieure à 3%) sur de longues périodes. Dans son pavé (Le capital au XXIe siècle), il écrit (extrait issu de ce blog) :

D’après les meilleures estimations disponibles, le taux de croissance du PIB mondial a été en moyenne de 1,6% par an entre 1700 et 2012, dont 0,8% par an au titre de la croissance de la population, et 0,8% par an au titre de la croissance de la production par habit